samedi 4 juillet 2015

Mort d'une sale punk


Laeti - sale punk
Laëtitia Petrelluzzi est morte en mars 2015. Elle était photographe.
C'était une sale punk.
Ses doigts tatoués l'affirmaient.

Je n'aurais sans doute pas écrit ce billet si je n'avais pas utilisé une photo d'Endorphins Rising, de Dijon pour l'article que j'ai consacré aux suspensions (Body Suspensions, le corps éprouvé).  Veg Silencio m'a contacté pour que j'indique les droits des photos qui y figurent. Nous avons commencé à échanger sur les suspensions. Il m'a fourni de nouvelles photos pour l'article que j'ai écrit pour la revue des Sciences sociales (parution septembre 2015).
Parmi elles, il y avait la photo ci-dessous, à droite, prise par Laetitia Petrelluzzi, la dernière qu'elle ait faite avant de mourir.
Photo Laetitia Petrelluzzi, prise à Dijon
Laëti et Krousky
Je n'aurais pas non plus écrit ce billet sans cette photo où elle pose avec un autre photographe, Krousky, qui l'utilise comme photo de profil sur Facebook.
Elle est accompagnée d'un texte écrit le 7 mars. Juste après sa mort, donc. Le texte de Krousky est celui d'une personne saisie par la mort, une mort qui l'a surpris, un texte dans lequel il expose son amour et la sidération du départ prématuré de Laëtitia.
La photo de Krousky et de Laëtitia a fait ressurgir des émotions ressenties il y a quatre mois, à peu près jour pour pour.

Lza par Laëtitia Petrelluzzi
Sa mort, je l'ai apprise en effet par une photo postée le 6 mars sur le mur Facebook d'Lza que j'avais interviewée peu avant pour le projet de documentaire audio Ceci est mon corps. La série de photo d'Lza par Laëtitia est d'ailleurs parmi celles que je préfère.


J'ai alors vu de nombreux autres témoignages, comme on en voit beaucoup lorsqu'une personne disparait. Ils étaient tous accompagnés de photos de Laëtitia, pétillante, souriante, espiègle, joueuse.

Avant sa mort, j'avais déjà croisé Laëtitia, virtuellement. Passant du temps sur son profil Facebook. Je ne l'avais pas encore contactée, mais j'avais été attiré par elle, par ce qu'elle manifestait, par son insouciance apparente, ses tatouages, son sourire, les crochets placés sur ses bras ou dans son dos pour des suspensions. Alors que j'avais entrepris de faire une histoire de la culture punk, essayant de rencontrer des personnes de diverses générations pour comprendre sa diffusion et ses mutations, son profil s'est affiché comme une sorte d'apparition. Alors que je terminais un travail sur les suspensions, je me disais qu'elle pourrait peut-être me confier son témoignage.

Photo de Krousky
Crochets placés par Be Ju
D'autant qu'elle condensait toutes les pratiques ludiques liées au piercing, au body play... le corps comme terrain de jeu, y compris pour des jeux difficilement compréhensibles pour les personnes qui sont en dehors de ces communautés qui mettent le corps à l'épreuve.


Ce billet est l'expression d'une tristesse pour une personne qui, virtuellement, comptait déjà pour moi, ce qui bien évidemment, peu sembler surprenant.
Tatouage original Punky Tattoo
Tatouage originale Encre Mécanique
Pourtant, ce que j'ai vu d'elle (de sa mise en scène sur Facebook, du réseau relationnel affiché) explosait d'originalité, dans un métissage d'hyper-féminité et de marques punk. Ses tatouages étaient autant de provocations dérisoires à l'ordre du monde, de traits d'humour inscrits sur le corps d'une très jeune femme ayant adopté le "fuck you style".

Elle fait partie des rencontres désormais impossibles. Mais, à sa façon, elle a pris sa place dans l'histoire du corps punk à laquelle je travaille. Elle a montré qu'on pouvait être "une sale petite punk" pleine d'humour et de charisme, et que le corps du punk n'est pas qu'un corps désolé.

Le tumblr de Laetitia Petrelluzzi, filledemauvaisevie



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