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Martial (1973-2019)

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alors elle a frotté le trottoir avec le bout du pied pour voir si c'était de la craie ou de la peinture… ça ne partait pas, il avait dit qu’il laisserait des traces avant de partir, que le banquier serait content de voir le trottoir coloré à la bombe plutôt qu’à la craie, il n'était plus là, il était parti… depuis plusieurs jours, la peinture était altérée mais il y avait encore des couleurs sur le trottoir, des fleurs, des slogans, des symboles d’amour, de paix, d’anarchie, punk is not dead and power to the people, tout en couleur, sur le trottoir devant la banque mais c’étaient de vagues traces de couleur que la pointe de la chaussure n’effaçait pas, des couleurs mais pas celles des dessins à la craie de la journée qu’on trouvait le soir en se disant « ah, il était là aujourd’hui », de ces traces qu’il laissait en usant ses craies à dessiner et à faire dessiner les passantes, les passants et les enfants…, les enfants qui le regardaient dessiner, s’arrêtaient, t…

Caster Semenya être et ne pas être

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"Les petits officiels, quel que soit leur rang, sont tout-puissants devant les Athlètes. Et ils font respecter les dures Lois du Sport avec une sauvagerie décuplée par la terreur". Georges Pérec, W ou le souvenir d'enfance
"Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde" écrivit Camus.
Que dire alors du fait de mal désigner une personne?
Caster Semenya est une femme.
Caster Semenya n'est pas une femme.
Être ET ne pas être, tel est son terrible destin.

Le mercredi 1er mai, la décision du Tribunal Arbitral du Sport (TAS) est tombée. Il a rejeté la requête que lui avait adressée Caster Semenya à propos d'une clause du Règlement de la fédération internationale d'athlétisme (l'IAAF) qu'elle jugeait discriminatoire: le "Règlement d'éligibilité pour la classification féminine (athlètes avec des différences de développement sexuel" (sic.) qui l'exclut de certaines compétitions en raison de ses caractéristiques biologiq…

Zombie Boy, le beau sale gosse

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Rick Genest, plus connu sous le nom de Zombie boy a été découvert mort par la police de Montréal mercredi 1er août 2018, jour de la mort de Fakir Musafar.
Sa tête vous dit quelque chose sans doute. Une tête de mort, de zombie, un déguisement à tomber par terre dans les soirées branchées. Tatoué, des pieds à la tête, crâne et visage compris. Zombie a été une apparition dans le monde du tatouage. Découvert mort à 32 ans, il y a pourtant plusieurs années qu'il est ainsi recouvert.
On connait un peu son histoire, il a été beaucoup interviewé. Les photos de lui inondent le web. Mannequin pour Mugler, on le retrouve dans la presse féminine dans une image de sale gosse stylisé. Il prenait la lumière. Savait poser son regard, faire la mimique qu'il fallait.


On le voit aussi dans le clip de Lady Gaga "Born this way" (un clip à plus de 230 millions de vues) où il incarne la créature qui nait dans un déchirement et en laquelle... se maquille Lady Gaga




Mais Rick Genest était un…

L'ultime modification du corps de Fakir Musafar: la mort

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Fakir Musafar est mort.
Sa femme, Cléo Dubois qui l'a veillé jusqu'au bout, a annoncé sur Facebook qu’il s’était éteint, chez lui, un peu avant midi le 1er août 2018.

Fakir Musafar, le Dandy au corps modifié est mort.

Sa mort ne fera pas la une des journaux et ses obsèques ne seront pas retransmises en direct. La presse people ne l’a pas traqué jusqu’à ses derniers instants. Pourtant, l’annonce faite par Fakir lui-même de sa mort à venir avait déclenché une vague de tristesse, d’hommage et de respect. Le 4 mai, 2018 il annonça en effet qu’il souffrait d’un cancer. Lors de cette annonce, il a demandé à ce qu’on lui adresse un courrier postal. Avec humour et détachement, il annonçait que le temps était venu pour lui d’annoncer que sa durée de conservation était épuisée et que sa date de péremption était imminente. Souffrant d’un cancer des poumons, il s’apprêtait à passer dans un autre monde et à profiter de ses derniers instants.

"Dear Followers, Fans, Students and Loving…

Johnny est mort, son corps devient patrimoine de la masculinité

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Johnny est mort.
Il fallait s'y attendre.
Et on s'y attendait (il y a à peine un mois j'avais écrit ce billet sur son déclin et la "vigilance" médiatique qui l'accompagnait).
Tout comme il fallait s'attendre au déferlement d'hommages, de témoignages, d'articles, d'émissions, de rétrospectives qui lui ont été consacrés sans interruption toute la journée et depuis le petit matin de l'annonce de sa mort.

La philosophe Adèle Van Reeth, à l'aube, en venait même à vouloir inventer un rôle joué par Johnny dans Citizen Kane pour pouvoir lui rendre hommage dans l'émission qu'elle consacrait toute la semaine à Orson Wells.
On avait beau s'y attendre, ce flot ininterrompu surprend par sa force.
Mais pouvait-on attendre autre chose de la mort de celui qu'on pourrait appeler "la joie du peuple", pour paraphraser la formule utilisée à propos du footballeur brésilien Garrincha (dont la mort –racontée par José Sergio Leite L…

Johnny Hallyday déclin d'un corps du rock

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 Hier, 2 novembre 2017, Gala titre un article de Marion Rouyer: "Johnny Hally­day opéré de la hanche et immo­bi­lisé en fauteuil roulant : il peut remar­cher". Sous-titré "Une santé fragile", l'article renseigne sur les dernières hospitalisations du chanteur qui aurait été opéré de la hanche mais aurait aussi subi une séance de chimiothérapie pour son cancer du poumon. La hanche de Johnny inquiète au moins autant que la cuisse de Zinedine Zidane en 2002. Parce qu'elle est la hanche d'un patrimoine de la masculinité française. Plus que la hanche, le cancer du poumon symbolise le déclin de celui qui depuis 50 ans incarne le corps français du rock, et au bout du déclin, la mort.
Les images de Johnny fatigué, au visage creusé et aux traits tirés et la certitude qu'il souffre d'un cancer rappellent qu'il va mourir, comme tous les rockers. L'an dernier, l'entrée sur scène de Johnny dans sa tournée "Rester vivant", affiche pourta…