du clitoris comme objet de recherche et du plaisir des femmes comme question sociale

Planche Anatomique du Clitoris
extraite d'Odile Buisson et Pierre Foldès
Qui a peur du point G?
En janvier 2009, le Docteur Pierre Foldès donne une conférence, dans le cadre du colloque "Sciences: des différences aux inégalités entre les Femmes et les Hommes", organisé par la Mission pour l'égalité entre les Femmes et les Hommes de l'Université Lyon1. Lors de cette conférence, il expose la nécessité qui s'imposa à lui lors de missions humanitaires en Afrique: travailler à la reconstruction chirurgicale du clitoris pour des femmes ayant subi des rites d'excision (voir la vidéo).
Il explique comment – alors qu'il travaillait en tant que médecin pour Médecins du Monde sur les séquelles des accouchements – il fut amené à répondre à la demande de femmes africaines d'en finir avec les douleurs résultant de ces pratiques mutilantes. Son engagement humanitaire le conduisit à mettre au point une technique réparatrice qui, selon Hubert Prolongeau peut se comprendre comme une Victoire sur l'excision.

Fort de son savoir médical et chirurgical, il s'engagea sur un terrain qui lui semblait familier, même s'il devait s'interroger sur les conditions techniques d'une telle intervention.
Or, alors qu'il commençait à se renseigner sur les données scientifiques disponibles, Pierre Foldès fut confronté à une surprise de taille. Il ne put que constater que "le clitoris n'existait pas" dans les publications scientifiques, alors qu'il existait au contraire une multitude de données disponibles sur la verge. L'anatomie du clitoris était introuvable.

Cette absence de connaissances scientifiques lui fait dire aujourd'hui, qu'il s'agissait là d'une seconde excision, scientifique celle-là.

Elle rappelle l'intervention militante d'un autre médecin, le docteur Carpentier dont le tract "Apprenons à faire l'amour" (distribué en 1971) commençait  par les lignes suivantes: "L’homme possède un organe fait de tissu érectile : la verge. La femme possède un organe beaucoup plus petit mais équivalent, situé au-dessus de l’orifice extérieur du vagin : le clitoris."
Ce qu'énonçait le tract du docteur Carpentier, c'est ce que Pierre Foldès a depuis exploré du point de vue scientifique et médical: les femmes possèdent un organe unique, le clitoris, unique en ce que sa fonction réside exclusivement dans la production de plaisir. La verge sert à uriner et à éjaculer. Le clitoris ne sert qu'à avoir du plaisir.
Or, c'est cette question du plaisir qui alimente Qui a peur du point G? dont le sous-titre associe plaisir féminin et angoisse masculine.

L'ouvrage d'Odile Buisson qui vient de paraître aux éditions Jean-Claude Gawsewitch (février 2011) reprend en effet cette entreprise de conquête du savoir. Dans Qui a peur du point G? Le plaisir féminin, une angoisse masculine, Odile Buisson raconte comment sa rencontre avec Pierre Foldès lui a fait partager cette exigence de production de connaissance à propos du clitoris. Spécialiste de l'imagerie médicale, Odile Buisson a rencontré les questions posées par Pierre Foldès. Elle a à son tour décidé de s'engager dans l'exploration de ce désert du savoir.


En signant  Qui a peur du point G? Le plaisir féminin, une angoisse masculine, Odile Buisson fournit un essai qui amène à réfléchir autour de deux enjeux de connaissance:
• d'abord un enjeu de connaissance pour les sciences médicales qui consiste à constituer le clitoris en objet de recherche légitime (ce qu'il n'était pas avant les explorations de Pierre Foldès)
• ensuite un enjeu de connaissance pour les sciences humaines et sociales qui amène à interroger la place accordée au plaisir des femmes dans les sociétés, tant au plan des significations qui lui sont attribuées qu'aux valeurs qui lui sont associées.

La postface rédigée par Pierre Foldès n'est sans doute pas le moment le plus important de l'ouvrage. En revanche, son texte "Les crimes contre le plaisir féminin" curieusement publié comme une annexe résume en une quinzaine de pages le parcours qui l'a conduit du militantisme humanitaire à la mise en oeuvre de techniques réparatrices du clitoris, et, subséquemment, à la production de connaissances anatomiques et physiologiques sur l'organe lui-même.

Pour compléter la présentation de l'ouvrage:
Une courte interview d'Odile Buisson est parue dans Libération sous le titre "la jouissance des femmes fait peur".
Elle a également été invitée par Audrey Pulvar dans le 6/7 sur France Inter, le 17 février 2011: la vidéo.
Une interview d'Odile Buisson et Pierre Foldès dans Le Figaro madame: "Cachez ce clitoris..."

mise à jour du 22 juin 2011:
depuis le 20 juin, l'association Osez le féminisme a lancé une campagne intitulée "Osez le clito!".
Le site de la campagne développe les points ci-dessus, notamment sur la recherche, avec des interviews d'Odile Buisson et de Pierre Foldès.
pour accéder à la campagne: Osez le clito!


Mise à jour du 15 septembre 2011:
Une critique de Qui a peur du point G, signée Eleonore Song sur fauteuses de troubles.
ça commence comme ça:
"“un livre révolutionnaire sur le potentiel inexploré du plaisir féminin” nous disait la quatrième de couverture... Euh, comment dire? Non..."
la suite ici

Commentaires

  1. Le secret des femmes. Voyage au coeur du plaisir et de la jouissance (Broché) 2011. Avant ou aprés qui a peur du point G. une lecture pour filles et garçons.

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  2. Ainsi que "La fabuleuse histoire du clitoris" de Jean Claude Piquard
    http://www.piquard.eu/index.html

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