samedi 17 décembre 2011

Modifications corporelles, petite galerie : Tribute to people I've met


avec Lukas Zpira avec qui
tout à commencé à Avignon
lors d'Art-Kor 00
Voilà dix ans que je croise des personnes issues de ce qu'on peut appeler la scène des modifications corporelles volontaires, et plus particulièrement celles qui consistent à modifier l'apparence à partir de techniques qui marquent la chair, l'incisent ou la traversent, bref, l'altèrent. Ce qui compte, dans ces pratiques c'est précisément l'altération de la chair, c'est d'elle que vient la valeur de la marque laissée sur le corps dans le cas des tatouages, des scarifications, ou du branding, mais aussi du bijou qu'elle va permettre de porter, dans le cas des piercings, du stretching ou des implants... ou encore des blessures qu'elle conserve comme dans le splitting ou la subincision. Les corps différents sont au centre de mes réflexions mais les personnes que j'ai rencontrées ont pris, pour nombre d'entre elles, leur place au centre de mes amitiés.

Dans son dernier album (La Taille de mon âme), Daniel Darc chante que "les voeux de bonne année, d'année en année, sont moins longs à rédiger..." Comme nous arrivons en fin d'année, j'ai eu envie de proposer une petite galerie des personnes que j'ai rencontrées grâce à Quasimodo, notamment depuis la publication de Modifications corporelles (2003). Pour marquer le fait que les voeux de cette année seront toujours aussi longs à rédiger...
Ron Athey, in Lyon, 2007
Une sorte de carte de voeux collective, forcément sélective... une forme de cartographie aussi, de parcours... de traces laissées, ici, de rencontres souvent belles.

Mais pour commencer, la première image de la galerie est pour Bob Flanagan, que je n'ai jamais rencontré, puisqu'il mourrait au moment où j'ai commencé à travailler à l'article que je lui ai consacré: "Bob Flanagan: ça fait du bien là où ça fait mal" dans le n°5 de Quasimodo, "Art à contre-corps". Elle est de lui endormi, suivie de l'affiche du film que lui a consacré Kirby Dick et que vous pouvez trouver à Hors-circuit. C'est après avoir lu l'article que j'avais écrit que Lukas Zpira m'invitait à commenter Sick lors d'un débat organisé à Avignon, en 2000, dans le cadre du festival Art-Kor 00. Le véritable point de départ de tout ce qui suit est donc là, dans ma non-rencontre avec Bob Flanagan.


Bob Flanagan & Sheree Rose
Rajoutée le 12 mars 2012: Ron Athey et Bob Flanagan, sur la même photo, sortie des archives privées de Ron Athey:

Gwendoline...
c'est ton vrai visage? ;-)
Yann Minh



Eddy
Stelarc

Jean-Luc Verna
Manu Lacoste
Maxime Buchi, Sang Bleu
Clément Haktion
Didier O.
Satomi
LZA
Thierry Scarface Ehrmann
Erik
Romain Slocombe & Coralie Trinh Thi
Laurent Courau - laspirale.org
Miss Vaginal Davis
sweet alien HaNNaH
jon_john
Olivier
Alban
Annie Sprinkle
nico
chamor
Mark Steger
Daniel Darc
Lukas Zpira like a Butterfly
Ron Athey on stage
Ron Athey, tribute to Abramovic
Marquis de Lyon

Didier Otomo
Morgan

mercredi 14 décembre 2011

Philippe Liotard n'est pas (encore) décédé

Ce matin, en consultant les statistiques qui mènent à ce blog, j'ai pu constater les requêtes suivantes en provenance des moteurs de recherche les plus récemment consultés.
Pour Amy Winehouse et Aimee Mullins, ça n'est pas une surprise.
Pour la dictature coréenne, ça fait partie des aléas qui conduisent une requête à une page du blog.
Pour "philippe liotard est_il décédé", c'est une bonne surprise, puisque je peux encore lire la requête.
C'est aussi une bonne surprise parce que quelqu'un-e quelque part semble s'inquiéter, à moins que ça ne soit un-e étudiant-e qui, après avoir lu un article, se demande si je suis un de ses contemporains ou si j'ai vécu au début du XXè siècle...

Je tiens donc à dire que je vais bien... et que si cette requête provient d'une personne aux courriels de laquelle je n'ai pas répondu dernièrement, qu'elle me recontacte. Je vais faire un effort pour répondre à tous les messages que je reçois... à partir du 1er janvier 2012 ;-)

vendredi 9 décembre 2011

Conférence des chargé-e-s de mission égalité des Universités



Les 8 et 9 décembre, accueillies par l'Université Paris-Est Créteil, s'est tenue la réunion de la Conférence permanente des chargé-e-s de mission Egalité et Diversité (CPED) rassemblant des représentant-e-s de 25 Universités.
Au programme:
• la question des élections aux conseils centraux d'établissement et la volonté de mettre en place partout des listes paritaires afin d'équilibrer la représentation dans les conseils scientifiques, conseils des études et de la vie universitaire et conseils d'administration
• la formation aux théories du genre
• les relations de la CPED avec les institutions et les associations

Compte-rendu en ligne ici ou ailleurs, dès que possible...

vendredi 2 décembre 2011

colloque Sportifs homosexuels, homosexuels sportifs: l'homophobie en question

Les 2&3 décembre 2011 se tient à Paris le colloque Sportifs homosexuels, homosexuels sportifs: l'homophobie en question.
J'y présente une communication qui analyse l'évolution qui va –  en moins de dix ans – du silence total concernant l'homophobie dans le sport, à une vigilance collective qui s'exerce y compris dans les médias de masse.
C'est une forme de clin d'oeil à l'actuel ministre des sports, David Douillet, épinglé pour ses propos homophobes par le Canard enchaîné qu'il a qualifiés de "propos de vestiaires" et justifiés par le fait qu'il "avait 20 ans".  Roselyne Bachelot, quant à elle, a déclaré qu'il avait "des progrès à faire" sur la question.
Bref, les propos de l'ancien champion traduisent bien cette homophobie ordinaire du sport... mais on voit aussi comment une prise de conscience peut s'opérer, dès lors qu'elle est identifiée. Reste au ministre à montrer les progrès qu'il a fait depuis sa nomination...
(lire aussi l'article de Yagg: "David Douillet sera-t-il aussi le ministre des “tapettes” qui font du sport?")

Voir le compte-rendu vidéo de Yagg en trois parties dont la troisième est ci-dessous sur l'homophobie sportive dans les médias:



Une série de photos du colloque:
• ouverture
• photos de la première session, les homosexuels vus par le monde sportif
• photos de la seconde session, jeux et enjeux du corps
• photos de la table ronde, "peut-on vivre sa passion en étant ouvertement homo ?"
• photos de la table ronde, les femmes et le sport
ouverture de la seconde journée
• interventions sur les spécificités du sport LGBT
• table ronde: les associations sportives LGBT sont-elles toujours nécessaire? et présentation des courts métrages réalisés à partir de 17 ans de films sur le sport gay, lesbien et trans
• dernière table ronde: la lutte contre l'homophobie peut-elle se faire sans les institutions?

Quelques médias:
Les sportifs professionnels ont peur d'assumer leur homosexualité, Métro du 4/12/2011

jeudi 17 novembre 2011

Scandale Benetton Corps du pouvoir-pouvoir des corps

Revoilà Benetton et son goût pour la provocation, dans des publicités "United colors" qui possèdent cette qualité de faire parler d'elles, alors même que certaines d'entre elles ne seront publiées ni affichées nulle part.

En effet, dès la présentation de la campagne, le Vatican a manifesté sa colère, ce qui a entraîné ipso facto la promesse de l'annonceur de ne pas diffuser l'image du Pape Benoit XVI embrassant  le grand imam Al-Tayeb.
On le sait depuis les différentes affaires de caricature, la religion est un symbole auquel on ne touche pas impunément, l'impunité pouvant aller des catilinaires de Christine Boutin jusqu'à la mort des blasphémateurs que l'on peut, suivant les époques et les modalités courantes, brûler, lapider, égorger, lyncher... (pour un panorama des manières d'en finir avec les impies, je renvoie au classique Surveiller et punir de Michel Foucault tout en indiquant la résurgence médiatique des exécutions publiques. Cf mon billet sur le lynchage de Kadhafi ou sur l'effacement du corps de Ben Laden. Dans ces deux cas, l'exécution n'est pas publique au sens strict, mais elle le devient par l'usage médiatique qui en est fait ).

Dans ces publicités, pourtant, il n'est pas question de Dieu ni de prophète. Les photomontages mettent en scène le corps du pouvoir, qu'il soit religieux ou politique. Ainsi, outre Benoit XVI et l'imam Al-Tayeb, sont mis en scène les couples Angela Merkel et Nicolas Sarkozy (pour l'affiche sans doute la moins percutante), Barak Obama et Hugo Chavez, Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahou ou encore Lee Myung-bak et Kim Jong il, réunifiant les deux Corée dans un baiser.
Des chefs d'Etat (dont une femmes) et des chefs spirituels (zéro femme) constituent le prétexte de la mise en scène qui met en scène des ennemis réels (Abbas-Netanyahou) ou supposés (Merkel-Sarkozy) pour en appeler à un monde sans haine.
Sauf qu'il ne s'agit pas là d'une simple poignée de main entre dirigeants respectueux du protocole.

 Kim Jong-il (Corée du Nord)
embrasse Lee Myung-bak (Corée du Sud)




Et c'est là que le corps du pouvoir s'efface devant le pouvoir de la mise en scène des corps.
Tant que cette mise en scène respecte les codes et les rituels de la politique et de la diplomatie, tant que ces corps respectent les postures et les attitudes de leur rang, tout va bien.
En revanche, en appeler à la paix en recourant au baiser et à ce qu'il évoque est insupportable.
C'est là que s'exprime pourtant le pouvoir des corps. Il suffit que la mise en image entre en rupture avec l'ordre établi pour que naisse le scandale.
L'infraction est de trois ordres.
D'abord, elle est infraction à l'ordre religieux et au pouvoir qui l'incarne (le Pape et l'imam)
Ensuite, elle est infraction à l'ordre politique, constitué par les frontières géographiques, économiques ou idéologiques.
Enfin – et c'est ce qui donne la force des images (et génère donc la puissance du scandale) – elle est infraction à l'ordre sexuel puisqu'elle met en scène des hommes s'embrassant entre eux.
C'est précisément la combinaison entre cette dernière infraction et les deux premières qui rend insupportable la mise en scène des corps des hommes du pouvoir. L'affiche représentant Sarkozy et Merkel fait sourire. Elle ne scandalise pas.
Publicité censurée
par un slogan
En revanche, le baiser coréen doit tout autant choquer dans les chaumières de Séoul ou de Pyongyang que celui de Nétanyahou et Abbas à Gaza ou à Tel-Aviv.
Le french kiss qui unit les autorités religieuses du Vatican et de l'Egypte devient proprement insupportable parce qu'il éveille les sentiments homophobes.
Le pouvoir de représentation des corps est tel, que cette double infraction génère des sentiments et des émotions insoutenables.
Preuve est ainsi faite qu'on ne joue pas impunément avec l'ordre symbolique, qu'il s'agisse de l'ordre des genres ou de l'ordre sexuel.

mercredi 16 novembre 2011

Lula tête nue face au cancer

Osseus Labyrint...
en mouvement ici
La nouvelle a été annoncée par l'AFP aux alentours de 21h30, heure française: Lula s'est rasé la tête.

Ou, plutôt, sa femme l'a rasé, afin de devancer la perte du poil que ne manquera pas de déclencher le traitement chimiothérapique qu'il va devoir suivre, pour lutter contre le cancer du larynx dont il souffre.
A peine plus de quinze jours après avoir annoncé sa maladie, Lula marque symboliquement le début du combat qu'il va mener contre elle.
En devançant les effets du traitement anti-cancéreux, il affirme ainsi qu'il refuse la soumission et les stigmates qui l'accompagnent.


Se raser avant de perdre ses cheveux est une façon de rester maître de son apparence.
C'est aussi adopter un look qui, aujourd'hui, s'inscrit dans une forme de distinction et d'attention portée à soi.
Certes, se raser continue à marquer une forme de marginalité, depuis Yul Brynner et Michel Foucault jusqu'à Fabien Barthès, Tony Chapron ou M. Propre, Osseus Labyrint et d'autres...

Son changement de look situe toutefois Lula aux périphéries de la prestance, tout en le maintenant dans une forme de contrôle de soi.
Certes, avec les cheveux et la barbe, il abandonne un symbole, celui de l'homme d'état incarnant le peuple.
Michel Foucault
sur les murs de
la Demeure du Chaos
Mais en se rasant, il rassure.
Crâne lisse, sans barbe, il se rassure aussi. Forcément.
Il efface les marques de la maladie... en attendant qu'elle ne gagne du terrain et que son corps l'affiche malgré lui.
Comme le corps amaigri de Steve Jobs l'a portée, comme celui de Patrick Roy l'a manifestée lors de son retour à l'Assemblée Nationale.

Pour l'heure, Lula prend les devants.
Il n'est plus président et peut bien se permettre cette coquetterie.

Lula barbu
tout va bien!
Yul Brynner

Le jour où j’ai stoppé les Popovs dans le Bugey* « Comme il faut mal aimer son peuple pour l’envoyer à des choses pareilles. À présent je...