mercredi 14 décembre 2011

Philippe Liotard n'est pas (encore) décédé

Ce matin, en consultant les statistiques qui mènent à ce blog, j'ai pu constater les requêtes suivantes en provenance des moteurs de recherche les plus récemment consultés.
Pour Amy Winehouse et Aimee Mullins, ça n'est pas une surprise.
Pour la dictature coréenne, ça fait partie des aléas qui conduisent une requête à une page du blog.
Pour "philippe liotard est_il décédé", c'est une bonne surprise, puisque je peux encore lire la requête.
C'est aussi une bonne surprise parce que quelqu'un-e quelque part semble s'inquiéter, à moins que ça ne soit un-e étudiant-e qui, après avoir lu un article, se demande si je suis un de ses contemporains ou si j'ai vécu au début du XXè siècle...

Je tiens donc à dire que je vais bien... et que si cette requête provient d'une personne aux courriels de laquelle je n'ai pas répondu dernièrement, qu'elle me recontacte. Je vais faire un effort pour répondre à tous les messages que je reçois... à partir du 1er janvier 2012 ;-)

vendredi 9 décembre 2011

Conférence des chargé-e-s de mission égalité des Universités



Les 8 et 9 décembre, accueillies par l'Université Paris-Est Créteil, s'est tenue la réunion de la Conférence permanente des chargé-e-s de mission Egalité et Diversité (CPED) rassemblant des représentant-e-s de 25 Universités.
Au programme:
• la question des élections aux conseils centraux d'établissement et la volonté de mettre en place partout des listes paritaires afin d'équilibrer la représentation dans les conseils scientifiques, conseils des études et de la vie universitaire et conseils d'administration
• la formation aux théories du genre
• les relations de la CPED avec les institutions et les associations

Compte-rendu en ligne ici ou ailleurs, dès que possible...

vendredi 2 décembre 2011

colloque Sportifs homosexuels, homosexuels sportifs: l'homophobie en question

Les 2&3 décembre 2011 se tient à Paris le colloque Sportifs homosexuels, homosexuels sportifs: l'homophobie en question.
J'y présente une communication qui analyse l'évolution qui va –  en moins de dix ans – du silence total concernant l'homophobie dans le sport, à une vigilance collective qui s'exerce y compris dans les médias de masse.
C'est une forme de clin d'oeil à l'actuel ministre des sports, David Douillet, épinglé pour ses propos homophobes par le Canard enchaîné qu'il a qualifiés de "propos de vestiaires" et justifiés par le fait qu'il "avait 20 ans".  Roselyne Bachelot, quant à elle, a déclaré qu'il avait "des progrès à faire" sur la question.
Bref, les propos de l'ancien champion traduisent bien cette homophobie ordinaire du sport... mais on voit aussi comment une prise de conscience peut s'opérer, dès lors qu'elle est identifiée. Reste au ministre à montrer les progrès qu'il a fait depuis sa nomination...
(lire aussi l'article de Yagg: "David Douillet sera-t-il aussi le ministre des “tapettes” qui font du sport?")

Voir le compte-rendu vidéo de Yagg en trois parties dont la troisième est ci-dessous sur l'homophobie sportive dans les médias:



Une série de photos du colloque:
• ouverture
• photos de la première session, les homosexuels vus par le monde sportif
• photos de la seconde session, jeux et enjeux du corps
• photos de la table ronde, "peut-on vivre sa passion en étant ouvertement homo ?"
• photos de la table ronde, les femmes et le sport
ouverture de la seconde journée
• interventions sur les spécificités du sport LGBT
• table ronde: les associations sportives LGBT sont-elles toujours nécessaire? et présentation des courts métrages réalisés à partir de 17 ans de films sur le sport gay, lesbien et trans
• dernière table ronde: la lutte contre l'homophobie peut-elle se faire sans les institutions?

Quelques médias:
Les sportifs professionnels ont peur d'assumer leur homosexualité, Métro du 4/12/2011

jeudi 17 novembre 2011

Scandale Benetton Corps du pouvoir-pouvoir des corps

Revoilà Benetton et son goût pour la provocation, dans des publicités "United colors" qui possèdent cette qualité de faire parler d'elles, alors même que certaines d'entre elles ne seront publiées ni affichées nulle part.

En effet, dès la présentation de la campagne, le Vatican a manifesté sa colère, ce qui a entraîné ipso facto la promesse de l'annonceur de ne pas diffuser l'image du Pape Benoit XVI embrassant  le grand imam Al-Tayeb.
On le sait depuis les différentes affaires de caricature, la religion est un symbole auquel on ne touche pas impunément, l'impunité pouvant aller des catilinaires de Christine Boutin jusqu'à la mort des blasphémateurs que l'on peut, suivant les époques et les modalités courantes, brûler, lapider, égorger, lyncher... (pour un panorama des manières d'en finir avec les impies, je renvoie au classique Surveiller et punir de Michel Foucault tout en indiquant la résurgence médiatique des exécutions publiques. Cf mon billet sur le lynchage de Kadhafi ou sur l'effacement du corps de Ben Laden. Dans ces deux cas, l'exécution n'est pas publique au sens strict, mais elle le devient par l'usage médiatique qui en est fait ).

Dans ces publicités, pourtant, il n'est pas question de Dieu ni de prophète. Les photomontages mettent en scène le corps du pouvoir, qu'il soit religieux ou politique. Ainsi, outre Benoit XVI et l'imam Al-Tayeb, sont mis en scène les couples Angela Merkel et Nicolas Sarkozy (pour l'affiche sans doute la moins percutante), Barak Obama et Hugo Chavez, Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahou ou encore Lee Myung-bak et Kim Jong il, réunifiant les deux Corée dans un baiser.
Des chefs d'Etat (dont une femmes) et des chefs spirituels (zéro femme) constituent le prétexte de la mise en scène qui met en scène des ennemis réels (Abbas-Netanyahou) ou supposés (Merkel-Sarkozy) pour en appeler à un monde sans haine.
Sauf qu'il ne s'agit pas là d'une simple poignée de main entre dirigeants respectueux du protocole.

 Kim Jong-il (Corée du Nord)
embrasse Lee Myung-bak (Corée du Sud)




Et c'est là que le corps du pouvoir s'efface devant le pouvoir de la mise en scène des corps.
Tant que cette mise en scène respecte les codes et les rituels de la politique et de la diplomatie, tant que ces corps respectent les postures et les attitudes de leur rang, tout va bien.
En revanche, en appeler à la paix en recourant au baiser et à ce qu'il évoque est insupportable.
C'est là que s'exprime pourtant le pouvoir des corps. Il suffit que la mise en image entre en rupture avec l'ordre établi pour que naisse le scandale.
L'infraction est de trois ordres.
D'abord, elle est infraction à l'ordre religieux et au pouvoir qui l'incarne (le Pape et l'imam)
Ensuite, elle est infraction à l'ordre politique, constitué par les frontières géographiques, économiques ou idéologiques.
Enfin – et c'est ce qui donne la force des images (et génère donc la puissance du scandale) – elle est infraction à l'ordre sexuel puisqu'elle met en scène des hommes s'embrassant entre eux.
C'est précisément la combinaison entre cette dernière infraction et les deux premières qui rend insupportable la mise en scène des corps des hommes du pouvoir. L'affiche représentant Sarkozy et Merkel fait sourire. Elle ne scandalise pas.
Publicité censurée
par un slogan
En revanche, le baiser coréen doit tout autant choquer dans les chaumières de Séoul ou de Pyongyang que celui de Nétanyahou et Abbas à Gaza ou à Tel-Aviv.
Le french kiss qui unit les autorités religieuses du Vatican et de l'Egypte devient proprement insupportable parce qu'il éveille les sentiments homophobes.
Le pouvoir de représentation des corps est tel, que cette double infraction génère des sentiments et des émotions insoutenables.
Preuve est ainsi faite qu'on ne joue pas impunément avec l'ordre symbolique, qu'il s'agisse de l'ordre des genres ou de l'ordre sexuel.

mercredi 16 novembre 2011

Lula tête nue face au cancer

Osseus Labyrint...
en mouvement ici
La nouvelle a été annoncée par l'AFP aux alentours de 21h30, heure française: Lula s'est rasé la tête.

Ou, plutôt, sa femme l'a rasé, afin de devancer la perte du poil que ne manquera pas de déclencher le traitement chimiothérapique qu'il va devoir suivre, pour lutter contre le cancer du larynx dont il souffre.
A peine plus de quinze jours après avoir annoncé sa maladie, Lula marque symboliquement le début du combat qu'il va mener contre elle.
En devançant les effets du traitement anti-cancéreux, il affirme ainsi qu'il refuse la soumission et les stigmates qui l'accompagnent.


Se raser avant de perdre ses cheveux est une façon de rester maître de son apparence.
C'est aussi adopter un look qui, aujourd'hui, s'inscrit dans une forme de distinction et d'attention portée à soi.
Certes, se raser continue à marquer une forme de marginalité, depuis Yul Brynner et Michel Foucault jusqu'à Fabien Barthès, Tony Chapron ou M. Propre, Osseus Labyrint et d'autres...

Son changement de look situe toutefois Lula aux périphéries de la prestance, tout en le maintenant dans une forme de contrôle de soi.
Certes, avec les cheveux et la barbe, il abandonne un symbole, celui de l'homme d'état incarnant le peuple.
Michel Foucault
sur les murs de
la Demeure du Chaos
Mais en se rasant, il rassure.
Crâne lisse, sans barbe, il se rassure aussi. Forcément.
Il efface les marques de la maladie... en attendant qu'elle ne gagne du terrain et que son corps l'affiche malgré lui.
Comme le corps amaigri de Steve Jobs l'a portée, comme celui de Patrick Roy l'a manifestée lors de son retour à l'Assemblée Nationale.

Pour l'heure, Lula prend les devants.
Il n'est plus président et peut bien se permettre cette coquetterie.

Lula barbu
tout va bien!
Yul Brynner

samedi 22 octobre 2011

le corps lynché de Kadhafi exutoire ou barbarie?

après avoir été lynché, kadhafi est exhibé
chacun voulant poser devant le cadavre...
Voilà, encore un billet qui prend pour prétexte le corps d'un dictateur, encore une histoire de tyran déchu, encore une histoire de corps exposé. Après celui de Saddam Hussein, celui des époux Ceausescu, l'histoire de rejoue avec l'exhibition du cadavre de Mouammar Kadhafi.
En ce qui concerne ce dernier, dès les premières informations, l'histoire paraissait jouée: première brève, le tyran a été arrêté puis – seconde brève moins de deux heures plus tard – il est mort. Fin de l'histoire.
Kadhafi arrêté, battu, exhibé, humilié
sera bientôt exécuté
Mon blog n'avait pas cette vocation, mais je ne peux que constater l'impact médiatique de la mort de personnalités – qu'elles soient appréciées comme Isabelle Caro, adulées comme Amy Winehouse, idolâtrées comme Mickael Jackson ou honnies comme Laurent Gbagbo, Mouamar Kadhafi ou Oussama Ben Laden.

"Gaddafi Moment of Capture"
Capture d'écran d'une video de
l'arrestation de Kadhafi
Néanmoins, je ne vais pas discuter de ce que nous dit la mort de personnages célèbres. Je vais plutôt me centrer sur la mise en image du corps de ceux qui, durant leur vivant, ont focalisé la haine sur eux. Le tyran déchu arrêté exposé, son corps maltraité, puis, le cas échéant son cadavre exhibé comme un trophée, tout cela constitue un formidable outil pour comprendre la société. Ces mises en scènes du corps mort révèlent en effet bien plus que la simple attestation du décès de ces personnalités. Elles traduisent comment le corps du chef n'existe que dans sa superbe. L'affirmation de sa supériorité sur le peuple tient à l'incarnation du pouvoir. Son corps est pouvoir et Kadhafi sans doute plus que bien d'autres en a joué.

Kadhafi mort et ensanglanté:
son cadavre en Une
le 21 octobre 2011
Son arrestation et sa mort auraient pu se comprendre comme l'épilogue d'une guerre civile, dont une partie des protagonistes était appuyée par l'OTAN. L'histoire retiendra sans doute seulement ceci: la mort de Kadhafi lors de la prise de Syrte, le 20 octobre 2011.

Le cadavre de Kadhafi,
photographié, filmé:
lynchage et exhibition
sur le web 2.0
Kadhafi sur les murs
de la Demeure du Chaos
Cependant, en regardant, avec quarante-huit heures de décalage, les événements ayant entouré la capture puis la mort de Kadhafi, j'ai eu l'impression de voir un mauvais film. Un film stéréotypé où les forces du bien auraient triomphé de celles du mal. Un film où le méchant, à la fin, serait tué d'une balle  vengeresse dans la tête.
Sauf que nous n'étions pas au cinéma. Sauf que je ne regardais pas Pulp Fiction et que Samuel L. Jackson n'abattait pas, citant Ezekiel, le bras vengeur du Tout-Puissant sur les traitres.
Le web 2.0 et sa capacité à produire de l'image à partir de rien, ou de pas grand chose (un téléphone portable et une connexion 3G) nous a livré les derniers instants de Kadhafi.
Et cette livraison s'est faite sans esthétisation du lynchage dont il a été l'objet.
Les images floues, tremblantes, prises de téléphones portables montrent un homme accablé, livré à la violence collective d'autres hommes armés dont il est la proie.
Sur ces vidéos, la vengeance est anonyme où chacun peut frapper un homme désarmé, blessé, vaincu.
Kadhafi qui s'essuie les yeux, aveuglé du sang qui couvre son visage, Kadhafi débraillé, le ventre bedonnant dévoilé par sa chemise ouverte, Kadhafi incapable de se tenir debout, poussé, frappé, insulté...
Ces images précèdent de quelques minutes celles de Kadhafi mort.
Ces images sont celles de la barbarie

Certes, la haine est admissible et la vengeance compréhensible.
Mais la mise à mort d'un homme désarmé ravalera toujours ceux qui l'exercent au rang de celui qu'ils exécutent.
Dans les vidéos qui circulent sur le web (aussi nombreuses qu'elles sont de mauvaise qualité) il n'y avait plus de tyran. Il y avait un homme, seul, soumis à la violence de la foule, c'est-à-dire à la brutalité et à la sauvagerie d'autres hommes.

J'ai été heureux d'apprendre la capture de Kadhafi. J'ai été content qu'un dictateur soit tombé, un de plus. Mais je ne peux me résoudre à accepter son lynchage, car je ne peux me résoudre à accepter la barbarie, quelles qu'en soient les formes.


Premières images de l'arresation
Début du lynchage de Kadhafi

Une bottine exhibée de Kadhafi (encore vivant)

atteste de la chute du tyran
Le corps dénudé de Kadhafi gît
Il est retourné pour la photo
Des humains posent devant le cadavre d'un autre humain
dont le crâne est soulevé par les cheveux pour la photo
Syrte, Libye, 2011
Des humains posent devant les cadavres d'autres humains
Minnesota, USA, 1920
Des humains posent devant d'autres humains,
prisonniers, qu'ils humilient
Abou Ghraïb, Irak, 2004
Sur un plan politique, le Guide de la Révolution est tombé. Avec sa chute, l'OTAN dit en avoir fini avec sa mission en Libye qui, il faut tout de même le rappeler, tirait sa légitimité de la protection des populations civiles. La mort de Kadhafi révèle ce pour quoi nos forces armées se sont engagées: l'élimination d'un chef d'état avec lequel nos propres dirigeants frayaient naguère.

A la manière de la Révolution française, l'acte fondateur d'une éventuelle future démocratie libyenne s'établit dans le sang du dictateur exécuté. Louis XVI, cependant, avait eu droit à un procès...

Caricature de Louis XVI en porc
ou le corps du roi déshumanisé
En complément, quelques articles:
• d'Olivier Beuvelet, Esthétique du tyran mort sur culturevisuelle
• de Fanny Abouaf, La mort de Kadhafi vue par la presse mondiale sur le le nouvel obs
• dans Le Figaro du 16 décembre 2011, Mort de Kadhafi: la CPI soupçonne un crime de guerre.

• à lire l'ouvrage de Jan Philipp Reemtsma, Confiance et violence. Essai sur une configuration particulière de la modernité, et la présentation rapide qui lui est consacrée par Nicolas Weill dans Le Monde des livres du 28/10/2011: "De Shakespeare à Abou Ghraib"




lundi 17 octobre 2011

lolita et sex-bomb, figures de socialisation des jeunes filles. L'hypersexualisation en question

La "lolita" et la "sex-bomb", figures de socialisation des jeunes filles. L'hypersexualisation en question
l'article réalisé avec Sandrine Jamain-Samson a été publié dans le numéro de la revue Sociologie et sociétés paru au printemps 2011 sous le titre Pour une sociologie de la mode et du vêtement/For a sociologu of Fashion and Clothing.
Vous pouvez trouver un résumé sur le site de la revue (la mise en ligne gratuite est décalée à quelques mois, il est toutefois possible d'acheter l'article en ligne).

Par ailleurs, Xavier Molénat, dans la revue Sciences humaines, s'en est inspiré pour son article "Mais que cherchent les lolitas?" que vous pouvez consulter ici.

D'autres références autour de l'article sur ce blog, sur l'érotisation des ados et sur le regard des adultes

Egalement sur le site egalité-infos, le dossier "Génération Lolitas: le reflet d'une hypersexualisation?"

Pour citer notre article: Philippe Liotard et Sandrine Jamain-Samson, "La “lolita” et la “sex-bomb”, figures de socialisation des jeunes filles. L'hypersexualisation en question", Sociologie et sociétés, volume 43, numéro 1, printemps 2011, p. 45-71

Le jour où j’ai stoppé les Popovs dans le Bugey* « Comme il faut mal aimer son peuple pour l’envoyer à des choses pareilles. À présent je...